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Retraites : il n’y a rien à négocier ! PDF Imprimer Envoyer
Emploi - Précarité
Dimanche, 16 Juin 2013 22:17

Patronat et gouvernement lancent l’offensive, à nous de préparer la riposte

Ecrit par Francis CHARPENTIER (syndiqué Solidaires), Dominika DAGUERRE (syndiquée LAB), Claude LARRIEU (syndiqué FSU), Pierre NOUQUERET (syndiqué CGT) / Membres du Collectif Oldartu-Lutter ensemble

Hollande a été on ne peut plus clair lors de sa dernière conférence de presse : “Dès lors qu’on vit plus longtemps, on devrait aussi travailler un peu plus”… Sarkozy n’avait pas dit autre chose avant la contre-réforme Woerth.

L’argument démographique a bon dos ! Si les rentrées des caisses de retraite diminuent, c’est à cause de l’augmentation du chômage (60 000 chômeur-euse-s de plus pour le seul mois d’avril) et de la précarité, des bas salaires et des exonérations de cotisations patronales (environ 30 milliards chaque année). Si l’on considère le PIB de ces 60 dernières années, il a été, d’après l’Insee, multiplié par cinq, mais… pas notre niveau de vie ! Où est allé l’argent gagné sur notre dos, sur notre travail ? En 2012, les entreprises du CAC 40 ont redistribué 41 milliards aux actionnaires et la fraude fiscale est évaluée à 60 milliards par an. Les richesses que nous produisons ne permettent ni une vie décente pour la majorité de la population ni un départ en retraite plus jeune et en meilleure santé, ce qui ne serait que justice.

Ainsi, alors que les formidables gains de productivité enregistrés depuis des décennies ne profitent pas aux salarié(e)s, la pression sur les revenus du travail s’accentue. Les fortunes des Bettencourt, Arnault, Pinault, estimées respectivement à 23, 22 et 15 milliards d’euros au palmarès 2013, ne cessent de croître.

Une nouvelle fois, patronat et gouvernement veulent baisser le niveau de nos pensions. Par la voix de Parisot, le Medef a annoncé la couleur et veut le report de l’âge de départ à la retraite à “au moins 65 ans à l’horizon 2040”, ainsi que porter les annuités à 43 (actuellement 41,5) d’ici 2020. Le gouvernement Hollande-Ayrault lui emboîte le pas et, d’ores et déjà, les fuites du rapport Moreau révèlent des préconisations du même tonneau : allonger la durée de cotisation nécessaire pour obtenir une retraite à taux plein, désindexer les pensions de l’inflation, calculer les pensions de la fonction publique sur les dix dernières années de carrière (contre les six mois actuellement), sont les pistes qu’il faudrait envisager.

L’objectif affiché de ce futur projet est chaque fois le même : réduire les dépenses sociales de l’État, soulager les employeurs des cotisations sociales qui leur incombent, pour redonner ainsi aux entreprises une compétitivité qui leur permettrait de créer des emplois… Cependant, les conséquences seront une aggravation du sort des travailleur-euse-s : baisse des pensions et des retraites au motif d’un nombre d’annuités insuffisant pour bénéficier du taux plein et baisse générale des pensions des fonctionnaires grâce aux nouveaux calculs de liquidation. Quant aux emplois, ils continueront à être délocalisés vers des zones de la planète où le coût de la main-d’œuvre sera plus attractif, afin que les bénéfices soient optimisés.

C’est dans ce contexte que se tiendra la “conférence sociale” des 20 et 21 juin entre “partenaires sociaux”, avec pour sujet principal celui des retraites, la “concertation” devant ensuite se dérouler pendant l’été pour que le gouvernement concrétise à l’automne. Il veut aller vite et il sait pourquoi. À chaque attaque contre le système de retraite, en 1995, en 2003, en 2010, il y a eu de fortes mobilisations.

L’ANI (accord national interprofessionnel) du 11 janvier 2013 qui s’est traduit par la loi dite de “sécurisation de l’emploi”, a déjà instauré au sein des entreprises un véritable chantage : accepter flexibilité, baisse de salaires et mobilité sous peine de licenciement.

Cette fois encore, de mauvais coups se préparent et sont déjà écrits en coulisse. Il n’y a rien à négocier et les dirigeants syndicaux n’ont pas à participer à ces discussions de salon : mener de soi-disant “négociations” serait donner l’illusion que les travailleur-euse-s peuvent y gagner quelque chose. C’est du temps perdu pour préparer et organiser la riposte face à un patronat et un gouvernement qui ont un plan de bataille pour imposer de nouveaux reculs à la population laborieuse.

Malgré les difficultés, nous avons le devoir de nous inscrire dans la préparation d’une contre-offensive à la hauteur des attaques subies. C’est bien un mouvement d’ampleur et d’ensemble qu’il nous faut construire, une puissante riposte au patronat et au gouvernement.
Avec les structures dont nous disposons (syndicats, partis, associations, collectifs…), faisons barrage à cette nouvelle offensive libérale, affirmons un choix de société. Vivre décemment aujourd’hui en France et en Europe, c’est possible, à condition de rééquilibrer la rémunération du travail et les profits de la rente.

Imposons le partage du travail entre toutes et tous, une augmentation des salaires, l’interdiction des licenciements et exigeons pour notre retraite : l’abrogation des réformes Balladur, Fillon, Woerth ; le retour à 37,5 annuités pour toutes et tous, le taux plein à 60 ans et 55 ans pour les travaux pénibles, l’augmentation des pensions.

Mise à jour le Dimanche, 16 Juin 2013 22:21