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Ne serions-nous que des fichés en puissance? PDF Imprimer Envoyer
Défense des libertés
Lundi, 22 Février 2010 16:41

« Les tests ADN, ça ne sert à rien ! » Qui a bien pu prononcer cette sentence subversive ? C'est Nicolas Sarkozy lui-même, le 15 septembre 2009, lorsqu'il recevait à L'Elisée les députés du groupe UMP, pour des « échanges informels ». Il s'agissait, entre autres sujets 'importance, de défendre son ministre de l'Identité nationale, quant à l'inutilité du prélèvement ADN sur les familles d'immigrés aux quelles il était demandé de se soumettre lors des demandes de regroupement, en France. Ah bon ? Seulement ? Hé oui !

Il faut que les agriculteurs, affrontés à la volonté de ficher les plus récalcitrants d'entre eux, sachent bien que le propos du chef de l'État ne les concernent pas.

D'où peut bien venir cette fâcheuse habitude consistant à vouloir établir la traçabilité du bétail réfractaire? Aussi curieusement que cela puisse paraître, la instituant un Fichier National des Empreintes Génétiques (FNEAG), date de 1998, Elisabeth Guigou étant ministre socialiste de la justice. Il est vrai que seuls étaient alors visés les criminels sexuel et les pédophiles. Depuis, l'auteur du moidre petit délit- même un petit graffiti – peut se voir voir prélever son ADN. Ce qui n'est rien d'autre qu'une grave atteinte aux droits de l'homme.

Depuis une vingtaine d'années, nous sommes placés sous haute surveillance au travers d'une quarantaine de fichiers, plus ou moins connus. Outre ce trop fameux FNEAG, il y a le fichier des empreintes digitales, le sinistre STIC (Système de traitement des infractions constatées) qui répertorie plus de 25 millions de coupables, de suspects, de témoins et de victime. Sans oublier le fichier base-élèves, le SIS (Système d'informations Shengen), etc.

Joseph Fouché, maître-policier avait proposé à Bonaparte de ficher l'intégralité de la population française. Projet irréalisable, à la fi du XVIII ème siècle, mais qui n'offrirait plus de difficultés de nos jours avec l'informatique. Nous prenons le chemin de cette ambition mégalomaniaque et, dans un proche avenir, nous serons tous « bien connus des services de police », selon la formule consacrée. Dans son livre, Joseph Fouché, Stefan Zweig traçait le portrait intéressant de celui qui venait d'être nommé ministre de la propagande, en 1799 :

« Fouché a-t-il depuis trois mois le pouvoir entre les mains que ses protecteurs s'aperçoivent avec autant d'effroi que de surprise, déjà désarmés, qu'il exerce une surveillance non seulement en bas mais aussi en haut, que le ministre de la police contrôle les autres ministres, le Directoire, les généraux, toute la politique. Ses filets s'étendent à tous les emplois et à toutes les charegs. Il fait de la politique à côté de la politique... Partout il étend les limites de son pouvoir... Il se mêle de ce qui le regarde et de ce qui ne le regarde pas ! »

 

Comme nous avertissait Georges Orwell, dans son ouvrage 1984, « Big Brother vous regarde ! »

 

Maurice Rajsfus

Président de l'Observayoire des Libertés Publiques

(Fiché comme Juif, en octobre 1940, à l'âge de douze ans, décoré de l'étoile jaune, en 1942 par les autorités françaises de l'époque. Rescapé de ces « Temps Maudits », avec la volonté de témoigner de la malfaisance de fichiers policiers).